Cinéma

« L’ombre de Staline », un film saisissant de réalisme

Le long-métrage réalisé par Agnieszka Holland met en lumière un épisode dramatique de l’Histoire : l’Holodomor. Près de 5 millions de personnes sont mortes de faim, une extermination intentionnelle opérée par Staline entre l’été 1931 et l’été 1933.

Ce n’est pas la première fois qu’Agnieszka Holland prend comme sujet l’un des chapitres sombres de l’histoire contemporaine en Europe. Déjà en 2011, elle proposait Sous la ville, une intrigue qui se déroule dans un ghetto de Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Pour réaliser L’ombre de Staline, la cinéaste s’est appuyée sur le témoignage d’un journaliste gallois, Gareth Jones (1905 – 1935).

Après avoir pu obtenu l’interview d’Adolf Hitler en 1933, le jeune reporter profite de sa situation politique au sein du gouvernement britannique en tant que Conseiller aux Affaires Étrangères auprès de David Lloyd George pour obtenir un accès privilégié à l’Union Soviétique. Il part alors pour Moscou avec pour objectif : interviewer Staline sur le fameux « miracle soviétique ». Dès son arrivée, il se retrouve surveiller jour et nuit et ses contacts occidentaux se dérobent de peur des représailles. Le journaliste peine à trouver des réponses à ses questions. Une source néanmoins le convainc de s’intéresser à l’Ukraine. Là-bas, il découvre l’inconcevable : une famine est sciemment orchestrée par le régime de Staline.

À la différence des autres famines, celle de 1931-1933 n’est précédée d’aucun cataclysme météorologique. « Elle est juste la conséquence directe d’une politique d’extrême violence : la collectivisation forcée des campagnes par le régime stalinien dans le double but d’extraire de la paysannerie un lourd tribu indispensable à l’industrialisation accélérée du pays, et d’imposer un contrôle politique sur les campagnes, restées jusqu’alors en dehors du «système de valeurs» du régime. Au total, près de 5 millions de personnes sont mortes », explique Nicolas Werth, historien français spécialiste de l’histoire de l’Union soviétique.

L’ombre de Staline brille par sa sobriété et son réalisme, montrant sans retenu des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés dans les campagnes enneigées. Le long-métrage doit surtout sa puissance à la justesse des quatre acteurs principaux : Joseph Mawle qui incarne George Orwell, Peter Sarsgaard dans le rôle de Walter Duranty, directeur du bureau du New York Times à Moscou, Vanessa Kirby qui joue la reporter Ada Brooks et James Norton qui interprète Gareth Jones.

Dans son film produit par Condor Distribution, Agnieszka Holland rend hommage avec beaucoup de tact à Gareth Jones. Seul homme qui osa dénoncer publiquement l’Holodomor, et ce même au péril de sa vie. L’histoire de ce jeune journaliste et sa quête de vérité a notamment inspiré le roman de l’écrivain George Orwell, La Ferme des animaux.

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